
Ce que l’on ne voit pas quand tout se passe bien
Quand on parle d’un accident, on pense au moment du choc. On pense ensuite à l’hôpital, aux soins, à la guérison. Entre les deux, il y a une chose que l’on oublie presque toujours : de nombreuses personnes, qui ne se connaissent pas, ont fait chacune exactement ce qu’il fallait, au bon moment.
Pour Chloé, cette chaîne a commencé avant même que quelqu’un ne compose un numéro d’urgence.
Le premier maillon est un témoin. Parfois, c’est quelqu’un qui s’arrête, qui descend de son véhicule, qui s’agenouille à côté de la victime. Parfois, c’est quelqu’un qui n’est pas sur place, mais qui voit. Dans l’histoire de Chloé, un technicien intervenait sur un pylône de téléphonie mobile. De là haut, il a vu la scène. Et il a fait ce que personne d’autre ne pouvait faire aussi bien : il a donné aux secours une localisation d’une grande précision. Dans une zone difficile à décrire, c’est parfois ce qui sépare une intervention rapide d’une recherche qui s’éternise.
Le deuxième maillon, ce sont les gestes simples. Alerter, protéger, secourir : trois mots, trois réflexes. Appeler le 15, le 18 ou le 112, sécuriser les lieux, ne pas laisser la victime seule, appliquer les gestes que l’on a appris. Tout cela peut être fait par n’importe qui, à condition de l’avoir appris. Chacun d’entre nous peut être, un jour, ce premier maillon. C’est pour cela que la formation aux premiers secours ne devrait jamais être considérée comme une option réservée à quelques volontaires.
Viennent ensuite ceux dont c’est le métier. Les pompiers, qui arrivent et prennent en charge. Les équipes médicales du SAMU. L’évacuation par hélicoptère, quand la gravité et la distance l’exigent. Des médecins et des infirmières urgentistes qui travaillent dans l’instant, avec ce qu’ils ont, sur un bord de route ou dans une cabine d’hélicoptère.
Puis l’hôpital et tout ce qu’il contient. La salle de déchocage, où l’on stabilise. La réanimation, où l’on veille. Les services d’urgence. Puis le centre de neurologie de la Pitié-Salpêtrière, ou encore les services de rééducation, où le travail est lent, patient, quotidien, et où chaque petit progrès se construit avec des soignants qui y croient avant même que le patient n’y croie.
Une chaîne, pas une succession de services
Ce qui frappe, quand on regarde cette histoire de près, c’est qu’aucun de ces maillons ne peut faire le travail d’un autre. Le meilleur réanimateur du monde ne peut rien si personne n’a donné l’alerte. Le meilleur témoin ne peut rien si l’hélicoptère n’arrive pas. Tout tient parce que chacun tient sa place.
Et pourtant, on ne les voit presque jamais. Ils n’apparaissent pas dans les récits, qui se concentrent sur la victime et sur l’événement. Ils font leur travail, puis ils passent au patient suivant, à l’appel suivant, à la garde suivante.
L'humain, à l'heure des machines
On parle beaucoup d’intelligence artificielle, d’automatisation, de ce que les machines sauront bientôt faire à notre place. Mais dans cette chaîne, tout repose sur des personnes. Un regard qui remarque. Une main qui se pose. Une voix qui rassure au téléphone. Une équipe qui reste debout toute la nuit. Aucune technologie ne remplace cela, et c’est cela qui sauve.
Chloé avait choisi d’être infirmière. Elle connaissait de l’intérieur ce que représente ce métier, cette façon d’être là pour l’autre. Le jour de l’accident, c’est elle qui avait besoin de cette chaîne, et la chaîne a répondu présente.
Définir un contact d'urgence
Il existe un maillon que chacun peut préparer à l’avance, tranquillement, en trois minutes : renseigner un contact d’urgence dans son téléphone.
Quand une personne est blessée et inconsciente, les secours et les soignants doivent très vite savoir qui prévenir. Un témoin qui tient le téléphone d’une victime ne sait pas quel numéro appeler, et il perd un temps précieux à chercher. Un contact d’urgence accessible depuis l’écran verrouillé règle ce problème : un proche est averti rapidement, et les équipes peuvent obtenir des informations utiles, comme une allergie ou un traitement, si vous les avez renseignées.
Concrètement, la plupart des smartphones proposent une fiche d’urgence ou une fiche médicale, consultable sans code de déverrouillage. Le nom de ce menu change selon la marque et la version, donc le plus simple est de chercher « urgence » ou « contact d’urgence » dans les réglages. Vérifiez ensuite, écran verrouillé, que l’information s’affiche bien.
Chaque seconde compte, et celle que l’on gagne ici, on la gagne pour la famille autant que pour la victime.
Merci
Ce texte est un hommage. À ceux qui se sont arrêtés, à ceux qui ont regardé de loin et ont su parler au bon moment, aux pompiers, aux médecins, aux infirmières et infirmiers, aux équipes de l’hélicoptère, du déchocage, de la réanimation, de la neurologie, de la rééducation. À tous ceux dont nous ne connaissons pas les noms, et qui ont rendu possible la suite.
Et c’est aussi une invitation : se former aux premiers secours, et préparer son téléphone. Deux gestes simples pour être, un jour, un maillon solide de la chaîne.